L'Ouvre-Boite

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lundi 25 février 2008

Interview de Sophie Gravel, fondatrice de Filosofia

Logo Filosofia

Les Colons de Catane, Notre Dame, Les Piliers de la Terre, Jambo, San Juan... les jeux aux noms prestigieux ne manquent pas chez Filosofia, qui depuis un peu plus d'un an nous propose toutes ces merveilles ludiques, en français de surcroit !

C'est pour cette raison que j'ai demandé à Sophie Gravel, fondatrice de ce jeune éditeur québécois, de se prêter à une petite interview. Et elle a eu la gentillesse d'accepter.

Bonjour Sophie. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis simplement Sophie, née le 24 juillet 1969 au Canada que j'habite toujours d'ailleurs :) Je suis mère de deux petits, un garçon et une fille, et je travaille chez Filosofia avec mon époux, Martin Tremblay, plus connu sous le nom de Martin chéri. Lui s'occupe de la distribution canadienne et moi de la petite équipe à l'édition.

Dis nous en un peu plus sur Filosofia.

Filosofia a été fondée en 2001 au sous-sol de ma maison :) Deux ans plus tard, Martin Bouchard se rendait indispensable et me rejoignait au sous-sol... Depuis, la famille a grandit comme on dit, et nous sommes onze personnes, dont la grande majorité se retrouve du côté de la distribution canadienne. En fait, Filosofia c'est d'abord un distributeur sur le Canada de marques telles que Haba, Days of Wonder, Cocktail Games, Repos Prod, Drei Magier Spiele, Schmidt, Spellbooks, et bien évidemment Filosofia, le petit dernier.

Comment toi-même et Filosofia êtes tombés dans le jeu de société ?

Mon premier contact avec un jeu non Hasbro a été Diplomacy où m'a entrainé un ami. À l'époque, on jouait par courriel, avec chacun sa boite de jeu étendue sur la table du salon. J'ai passé des soirées inoubliables à me casser la tête sur la carte européenne. Et puis, par hasard, en me promenant sur le net, j'ai découvert Quarto, que j'ai couru acheter. Mais ce n'est qu'avec Tikal que là, la dépendance est devenue totale :)

Mais toute petite, je m'amusais avec mon frère Jean-Philippe à inventer des jeux de sociétés que l'on construisait avec des boites de cartons bruns et des sous noirs pour pion. À l'endos du plateau, on dessinait les lettres B&S Games (pour Brother & Sister Games... pas très original !). En fait, ce qui était drôle, c'est que le jeu était bien évidemment de très mauvaise qualité et qu'il portait le logo BS qui veut dire Bien-Être Social chez nous, soit l'équivalent de SMIC chez vous en France.

Comment sont choisis les jeux que vous éditez ?

Comme partout ailleurs j'imagine... On nous les présente, on y joue et on craque ou on ne craque pas. C'est avant tout une question de feeling, comme dit la chanson.

Duquel es-tu la plus fière ?

Notre Dame

Les Colons de Catane bien sûr, car c'est LE jeu que je n'aurais jamais pu imaginer éditer un jour. Sinon, je dirais que Notre Dame garde une place spéciale dans mon cœur, parce que c'est après des mois et des mois de travail que Ravensburger a accepté de nous rencontrer. C'était à Essen il y a deux ans, Martin Bouchard et moi avons sauté dans le train direction Ravensburg. Onze heures de train aller-retour pour une rencontre de trente minutes et le contrat d'Alea en poche. On était fiers comme des papes ! Quand je regarde la boite de Notre Dame, c'est cette histoire qui me revient en tête. Depuis, il demeure l'un de mes jeux préférés de notre petite collection.

En fait, presque tous les jeux que nous avons édités à ce jour ont une petite histoire semblable derrière. Mais j'en garde pour une prochaine fois :)

Lesquels d'entre eux ont le mieux et le moins bien marché ?

Les Cités Perdues

Bien évidemment, les ventes pour Les Colons de Catane ne se comparent pas du tout aux ventes des autres jeux. Sinon, c'est un peu difficile de répondre honnêtement car certains jeux, tirés à moindre nombre, sont tombés très vite en rupture de stock, comme Kahuna ou L'Année du Dragon par exemple. Les statistiques de ventes sont donc plutôt faussées. Sinon, les ventes pour Les Piliers de la Terre, De Cape & d'Épée et Les Cités Perdues sont parmi les meilleures.

À quand le premier jeu orignal édité par Filosofia ? Par original j'entends qui n'est ni une traduction ni une réédition.

Le premier jeu made in Filosofia de A à Z sera Québec 1608, un jeu créé par Philippe Beaudoin et Pierre Poissant-Marquis, deux Québécois pur laine. C'est un jeu qui soulignera le 400ème anniversaire de la fondation de la ville de Québec.

Peux-tu nous en parler un peu ?

Pas vraiment, désolée. Si ce n'est que Michael Menzel a accepté de l'illustrer.

Y'en a-t-il déjà d'autres prévus ensuite ?

Oui oui. À suivre.

À quoi d'autre devons-nous nous attendre de la part de Filosofia dans les semaines et les mois à venir ?

L'Âge de Pierre

Les prochaines sorties sont L'Âge de Pierre de Michael Tummelhoffer, Cuba (avec l'ambassade du Canada en bonus inédit !) de Michael Rieneck et Stefan Stadler, et l'extension pour Les Piliers de la Terre des mêmes auteurs.

L'ambassade du Canada

Et aussi Chinatown, en avril, pour la GenCon France à Paris.

Les droits pour Chinatown appartiennent désormais à Filosofia me semble-t-il, et il va bénéficier d'une véritable nouvelle édition (avec de nouvelles illustrations notamment). Peux-tu nous en dire quelques mots ?

Chinatown a été complètement redessiné par Mathieu Leyssenne. Un beau grand plateau avec de belles tuiles épaisses et tout plein de pions en bois.

En fait, j'ai voulu que le matériel du jeu soit top parce que les pièces sont énormément manipulées durant une partie. De là le choix de prendre des cartes pour la monnaie plutôt que des billets en papier et le choix de pions en bois plutôt que des jetons de carton. Et pour le grand plateau, et bien ça facilite énormément les échanges par une meilleure lisibilité des enjeux.

Personnellement, une grande part de mon plaisir à sortir une boite de jeu provient de l'effet visuel et de la sensation tactile que j'en retire. Il y a certains jeux, même s'ils sont très bons au plan mécanique ou ludique, auxquels je n'arrive pas à jouer car ils me rebutent au niveau tactile ou visuel. Vous avez surement quelques jeux en tête vous-mêmes !

Quel(s) auteur(s) aimerais-tu éditer, et pour quelle(s) raison(s) ?

J'aimerais beaucoup éditer de nouveaux auteurs, des gars et des filles, qui ont une autre idée du jeu. Sinon, je rêve d'éditer un jeu du grand Wolfgang Kramer.

Es-tu toi-même une grosse joueuse ? Si oui, quels types de jeux apprécies-tu particulièrement ?

Je joue beaucoup, mais pas assez à mon gout ! J'apprécie particulièrement les mécaniques fortes et innovantes ainsi que les jeux d'enfoirés comme dit l'ami François Haffner.

Et si tu ne devais garder qu'un seul jeu ?

C'est LA question ! Je ne sais pas. Trop difficile de n'en choisir qu'un seul car tout dépend avec qui j'ai l'occasion de jouer :

  • Pique Plume pour jouer avec ma petite Mathilde
  • À toute vitesse de Dominique Ehrhard pour jouer avec Christophe
  • Les Évadés de Cartagena pour jouer avec Loulou
  • Jambo pour jouer avec Martin chéri
  • Atlantic Star pour jouer avec ma mère
  • Chinatown pour jouer avec Martin Bouchard

Tu vois, impossible de ne garder qu'un seul jeu. C'est comme n'avoir qu'un seul et unique aliment dans le frigo.

Veux-tu rajouter quelque chose pour nos lecteurs ?

Oui. Surtout et avant tout, merci à tous ceux et celles qui achètent nos jeux et qui nous permettent de poursuivre le rêve. Nous l'apprécions vraiment.

Merci Sophie pour le temps que tu as consacré à cette interview ! En espérant qu'on puisse un jour se rencontrer en chair et en os :)

Pour toute information supplémentaire, je vous invite à aller visiter le site officiel de Filosofia.

dimanche 24 février 2008

Caylus Premium Limited Edition

À propos du jeu

Caylus Premium Limited Edition est, comme son nom l'indique, une édition limitée de Caylus. Si les règles restent parfaitement identiques à l'original, le matériel a quant à lui été totalement revu. Et comme vous pouvez le constater sur les images ci-dessus, le résultat est magnifique.

On note en particulier le plateau de jeu et les tuiles de bâtiments qui sont l'œuvre du designer Mike Doyle, pour lesquels il s'est inspiré de tapisseries médiévales, ainsi que les deniers en métal, reproductions (presque) fidèles aux pièces de l'époque, dans leur bourse de velours noir.

Le jeu a été édité à 1500 exemplaires pour le salon d'Essen 2007. Il en reste encore quelques-uns en vente sur la boutique en ligne d'Ystari... mais pour combien de temps ?

Quoi de neuf ici ?

Quelques petits changements ont eu lieu ici ces derniers temps.

Le plus visible est le nouveau thème graphique, qui est en place depuis le début d'année. Ce n'est certes ni très beau ni très original, mais je l'ai fait moi-même, ce qui me procure en soit une certaine satisfaction. J'espère qu'il vous plait également. Éventuellement il me reste encore à concevoir un logo original, mais je crains fort que cela ne dépasse mes compétences :(

J'ai également remanié les différentes catégories, en essayant de trouver des dénominations un peu plus sympathiques. Ainsi Critiques ludiques regroupe désormais l'ensemble de mes critiques de jeux et La vie de l'Ouvre-Boite tout ce qui a trait à ce site. En outre j'ai aussi supprimé certains billets ou rubriques que je jugeait d'un intérêt limité.

Quelques liens sont venus s'ajouter dans le menu à droite : ma ludothèque, gérée via Tric Trac, des jeux qui me font de l'œil, si vous voulez me faire un cadeau ;) , et une sélection de mes voisins ludiques que je vous invite à aller visiter.

Enfin, une nouvelle catégorie fait son apparition, Ouvrons la boite, qui, au travers de quelques clichés, permettra d'apprécier le contenu de nos belles boites de jeu. Et quel autre jeu aurait mieux pu inaugurer cette section que Caylus Premium Limited Edition ? Aucun, alors place aux images !

S'il vous arrivait par malheur de tomber sur une page ou un lien mort, n'hésitez pas à me prévenir.

mercredi 6 février 2008

Interview de David, vendeur chez Philibert

Logo de la boutique Philibert

David est un très bon ami depuis plus de 15 ans. Mais surtout, il est depuis quelques années vendeur à la boutique Philibert, bien connue des passionnés de jeux de société. C'est en cette qualité qu'il a accepté de se livrer à une petite interview.

Bonjour David. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Oui bien sûr. J'ai 30 ans, je suis marié et j'ai un enfant de 4 ans. J'adore jouer à toutes sortes de choses depuis mon plus jeune âge : j'ai pratiqué les échecs, les jeux de rôles et les jeux de cartes à collectionner avant de me prendre de passion pour les jeux de société.

Peux-tu présenter la boutique Philibert ?

Philibert existe depuis une petite trentaine d'années. La boutique a toujours vendu des produits spécialisés pour ne pas entrer en concurrence avec les hypermarchés et les gros magasins de jouets. Elle a ainsi été parmi les premiers à vendre Donjons & Dragons, des wargames, Magic... et ces fameux jeux qui viennent d'Allemagne. Il y a eu un seul couac dans la vie de l'entreprise : l'écroulement du marché du petit train électrique, et du modélisme dans son ensemble, qui à mis en péril l'entreprise. Mais depuis tout va bien !

Quelle part représente les jeux de société dans le chiffre d'affaires ?

Environ 50%. Si on y ajoute le poker et les grands classiques (dames, échecs, etc.), on arrive à 60%.

Et le reste ?

Le reste se partage entre les jeux de figurines, les jeux de cartes à collectionner, les jeux de rôles, les casses-têtes, les puzzles, le matériel destiné au billard, aux fléchettes et à la voyance.

Quelle est la répartition entre la boutique et le site de vente en ligne ?

Les chiffres ne sont pas très précis, mais je dirais une moyenne d'environ 30% pour la vente en ligne, avec une part plus importante en saison creuse et, paradoxalement, moins importante pendant la période forte des fêtes (parce que le magasin est littéralement envahi).

Et quelle est la tendance ?

Le site progresse plus vite que le magasin, mais c'est dans l'air du temps.

Avez-vous une idée de votre positionnement sur le marché du jeu de société, en terme de ventes ?

Oui, grâce aux données de nos fournisseurs. Par rapport à nos concurrent directs (c'est-à-dire les boutiques spécialisées, je ne prend pas en compte les grandes enseignes de jouets) nous sommes dans le trio de tête en France. Mais si on part du principe que nous faisons de tout (cartes, figurines, jeux classiques, etc.) je pense ne pas me tromper en disant que nous sommes la plus grosse des petites boutiques françaises.

Il semblerait que le jeu de société connaisse actuellement une embellie auprès du grand public. Peux-tu confirmer cette tendance ?

Oui totalement. Le vendredi et le samedi c'est dorénavant une clientèle familiale qui vient faire ses courses. Et malgré l'augmentation de la concurrence, nous progressons chaque année en chiffre d'affaires. On peut donc parler d'embellie.

Les ventes s'en ressentent donc ?

Oui ! Même si Noël reste une période importante, le jeu se vend maintenant tout au long de l'année.

Les ventes sont-elles vraiment plus importantes à Noël ?

Oui ! Au niveau de la boutique, le chiffre d'affaires est multiplié par quatre, et pas loin de trois au niveau du site !

Quels jeux conseilles-tu le plus à ces joueurs débutants qui arrivent ?

Sans hésiter Les Aventuriers du Rail et Carcassonne. A moins qu'ils soient complètement néophytes, auquel cas ce serait plutôt Time's Up et Jungle Speed, pour une initiation vraiment en douceur.

Quel est le jeu qui s'est le mieux vendu en 2007 ?

Plutôt qu'un seul, voici les dix meilleures ventes :

  1. Time's Up (les trois couleurs confondues)
  2. Les Loups-Garous de Thiercelieux
  3. Jungle Speed
  4. Munchkin
  5. Carcassonne
  6. Citadelles
  7. Les Colocs
  8. Elixir
  9. Nouvelle Lune
  10. Shabadabada

Les Aventuriers du Rail n'apparait pas, mais en additionnant les différentes versions (USA, Europe, etc.), on arrive au même niveau que Carcassonne.

Et pour Noël ?

Là aussi les dix meilleures ventes :

  1. Time's Up (les trois couleurs confondues)
  2. Jungle Speed
  3. Les Loups-Garous de Thiercelieux
  4. Saboteur (boite métal)
  5. Munchkin
  6. Carcassonne
  7. Elixir
  1. Hero IK (les 3 boites réunies)
  2. Citadelles
  3. Shabadabada

On peut ajouter Petits meurtres & faits divers en onzième position qui est tombé en rupture de stock.

Le poker est-il encore en pleine effervescence comme en 2006 ?

Oui, plus que jamais ! Les prix ont chuté, et tout le monde en vend à présent, donc nous avons fait moins de chiffre d'affaires qu'en 2006. Mais globalement on peut dire que c'est le phénomène ludique de Noël 2007.

Y'a-t-il un auteur qui est particulièrement demandé ?

Non pas encore. Le grand public est plus attiré par un logo comme celui du Spiel des Jahres ou de l'As d'Or/Jeu de l'année, plutôt que par le nom d'un auteur.

Et un éditeur ?

Days of Wonder au niveau grand public et Ystari chez les passionnés.

Beaucoup de personnes sont attirées par un format de boite plutôt que par le nom d'un éditeur : ainsi le format de Jungle Speed et Time's Up fait vendre des Can't Stop et celui de Munchkin et Citadelles fait vendre Les Colocs.

Quelle sont vos relations avec les éditeurs ? Et les distributeurs ?

Peu de relation avec les éditeurs directement, mais quand il y en a, elles sont très cordiales. Avec les distributeurs la bonne ambiance règne aussi. N'oublions pas que le monde du jeu reste malgré l'explosion de ces dernières années assez confidentiel : tout le monde se connait, donc autant être en bons termes.

En fait les très rares accrochages tournent toujours autour du même sujet : le prix de vente imposé ! Mais au final ça se finit bien.

Beaucoup de jeux sont réservés aux très jeunes joueurs (les jeux édités par Haba par exemple). Les ventes sont-elles importantes dans ce secteur ?

Elles commencent à l'être. Mais c'est un secteur où le gros du chiffre d'affaires est concentré sur Noël. Nous en vendons par contre beaucoup grâce aux nombreuses associations et ludothèques qui nous font confiance.

Y'a-t-il un jeu dont vous attendiez beaucoup et qui s'est finalement avéré décevant au niveau des ventes ?

Pas vraiment car nous nous informons régulièrement sur différents sites pour sentir les jeux à ne pas rater, et au contraire ceux pour lesquels il vaut mieux commander une plus petite quantité. Il y a énormément de jeux en allemand ou en anglais qui se vendent en très faible quantité. Parmi les jeux en français, Rattlesnake City et Renaissance ont fait des ventes décevantes.

Et le contraire, un jeu au succès inattendu ?

Hero IK et Les Princes de Florence. Pour ce dernier on s'y attendait un peu, mais pas à ce point !

Comment arrivez-vous à proposer des prix la plupart du temps inférieurs aux autres boutiques ?

C'est un choix de politique de prix aidé par le fait que les prix des jeux français sont imposés. Comme nous vendons énormément de jeux français (voir le top des ventes juste au-dessus), nous pouvons nous permettre de faire un peu moins de marge sur les jeux étrangers en les vendant moins cher.

De plus nos gros volumes de ventes nous donnent accès à des fournisseurs étrangers trop chers pour les boutiques plus petites (en raison des frais de port), ou à des remises grâce aux quantités achetées.

Enfin, de temps en temps nous n'hésitons pas à faire de gros rabais sur des jeux qui se sont mal vendus, ce qui accentue notre image de boutique moins chère.

Pourrais-tu expliquer pourquoi il y a une différence entre les prix en boutique et ceux pratiqués sur le site ?

Les couts ne sont pas les mêmes (pas de conseils à donner, locaux moins chers, etc.). Et la concurrence est plus rude sur Internet qu'au centre-ville de Strasbourg.

Note cependant que les promotions du site sont également valables en boutique.

Avez-vous des activités pour promouvoir le jeu de société ?

Nous n'avons malheureusement pas le temps pour ce genre d'activités, si ce n'est que très ponctuellement. Donc nous compensons en multipliant le sponsoring envers les associations de jeux, La Tarte aux Billes (le café jeux de Strasbourg) et les évènements locaux. C'est une formule qui fonctionne plutôt bien.

Nous offrons également des remises aux ludothèques qui sont de bonnes structures pour recruter de nouveaux passionnés.

De nombreuses boutiques proposent de la place pour jouer (au sous-sol par exemple). Quelle est votre position sur ce point ?

Nous n'avons pas la place. Mais même si nous l'avions, il faudrait que cette pièce soit bien distincte de l'espace de vente. Nous avons en effet constaté chez certains concurrents que la clientèle grand public est quelque peu effrayée quand des gens jouent en plein milieu du magasin, et préfèrent aller voir ailleurs (chez nous en l'occurrence).

A titre personnel, quels sont les indémodables auxquels tu penses encore jouer dans quelques années, les jeux que tu apprécies le plus en ce moment, et les prochains que tu attends le plus ?

Pour les indémodables, je dirais Puerto Rico, Time's Up, Les Aventuriers du Rail, Unanimo, San Juan... et le poker bien sûr !

En ce moment c'est L'Année du Dragon que j'aime beaucoup. Jamaica est bien aussi. Je joue pas mal également à Yspahan et Notre Dame.

Au niveau des attentes, il y avait San Juan en français qui vient de sortir. Les prochains c'est Chinatown et Cuba en français. Goa en français serait bien aussi.

En fait je suis assez hermétique au buzz généré sur Internet, je préfère juger après avoir fait une première partie.

Et si tu ne devais en garder qu'un seul ?

Choix difficile ! Je dirais un jeu de 52 cartes.

Désires-tu ajouter quelque chose ? Une question intéressante à laquelle je n'aurais pas pensé par exemple.

Non, je crois que tu as vraiment fait le tour de la question ! ;)

Un dernier petit mot pour les lecteurs ?

Bonjour les lecteurs !

Je voudrais rajouter que Philibert c'est avant tout une bande de passionnés, nous sommes là pour vous, donc n'hésitez pas à nous envoyer des mails ou à nous téléphoner.

Et continuer à jouer le plus souvent possible !

Merci à toi pour le temps que tu as consacré à cette interview ! Et à bientôt autour d'une table de jeux !

Pour toute information supplémentaire, je vous invite à vous rendre sur le site de vente en ligne, ou d'aller leur faire une petite visite directement à la boutique à l'adresse :

Philibert
12 rue de la Grange
67000 Strasbourg

mercredi 23 janvier 2008

Jamaica

Polaroid

Février 1708. Il y a 30 ans, le célèbre pirate Henry Morgan est nommé gouverneur de la Jamaïque. Au lieu d'en chasser les flibustiers et autres écumeurs de mers comme il était convenu, il en fait le repère de toute la piraterie qui s'y installe pour profiter en toute impunité de son butin ! Pour fêter dignement cet anniversaire, une grande course autour de l'ile est organisée, au terme de laquelle l'équipage ayant amassé le plus d'or dans ses cales est déclaré vainqueur.

Naviguez au mieux dans les mers jamaïquaines, repérez les repaires de pirates où dorment des coffres remplis de trésors, et soyez sans pitié avec vos adversaires ; vous serez alors digne de rendre hommage au plus grand pirate de tous les temps !

Dans Jamaica, chaque joueur incarne le capitaine d'un bateau pirate qui doit franchir le plus rapidement possible la ligne d'arrivée, tout en gérant au mieux les différentes ressources dont il dispose.

Vue d'ensemble du matériel

Rasta Rockett

Le plateau de jeu représente l'ile de la Jamaïque, autour de laquelle se déroule la course. Les eaux qui l'entourent sont découpées en une cinquantaine de cases sur lesquelles se déplacent les pions des joueurs, représentés par des petits bateaux.

La boussole du capitaine

À chaque tour, chacun d'entre eux effectue deux actions : une action du matin et une action du soir. Les actions possibles sont déterminées par les cartes action dont ils disposent, chaque joueur ayant un paquet de onze cartes, dont trois en permanence en main. Chacune offre une combinaison de deux actions : l'action du matin en haut à gauche, et celle du soir en haut à droite. Ces actions sont soit de type chargement (d'or, de nourriture ou de poudre à canon), soit de type déplacement (en avant ou en arrière).

Les dés action

En début de tour, le joueur désigné comme étant le capitaine lance les deux dés action et les place selon sa préférence (c'est-à-dire selon les cartes qu'il a en main) sur l'emplacement prévu à cet effet sur le plateau de jeu. Un dé correspond à l'action du matin, le second à celle du soir. À tour de rôle, chaque joueur joue une des cartes qu'il a en main en fonction du résultat des dés et de la disposition choisie par le capitaine. Quand tout le monde a joué, chacun pioche une carte de son paquet, et le rôle de capitaine passe au joueur suivant.

Dès qu'un bateau atteint Port Royal, la ligne d'arrivée, le tour en cours est terminé normalement, puis le décompte déterminant le vainqueur est effectué. Le joueur ayant le plus de points de victoire remporte alors la partie.

Si tu avances quand je recule...

Si l'action d'un joueur est un déplacement, son pion avance ou recule d'un nombre de cases indiqué par le dé correspondant (en l'occurrence du matin ou du soir). En fonction de la case d'arrivée, le joueur doit payer un certain tribut.

Le dos des cartes action

Si son bateau s'arrête sur une case mer, le joueur doit nourrir son équipage : il se défausse d'autant de jetons de nourriture qu'indiqué sur la case (d'un à quatre). Dans le cas où le bateau termine son déplacement sur une case port, il doit payer à celui-ci un droit de mouillage : il se défausse cette fois-ci d'autant de doublons d'or qu'indiqué sur la case (trois, cinq ou sept selon le cas).

Les cartes action

Mais le bateau peut également jeter l'ancre dans un repaire de pirates, représenté sur le plateau par une ile en forme de tête de mort. Dans ce cas, le joueur n'a rien à payer et il peut embarquer un trésor si un autre joueur n'est pas déjà passé par là avant lui !

Si, après un déplacement, le joueur n'a pas assez de la ressource adéquate dans ses cales pour s'acquitter de ce qu'il doit, il y a pénurie : il donne alors ce qu'il peut, puis recule jusqu'à une case pour laquelle il peut payer l'entièreté du tribut... à moins bien sûr que cette case ne soit un repaire de pirates !

Et une bouteille de rhum !

Chaque joueur dispose d'un plateau individuel représentant les cales de son bateau. Quand il choisit une action de chargement, il entrepose la ressource correspondante dans une des cales libres parmi les cinq dont il dispose. Comme pour le déplacement, le nombre d'éléments à charger dépend du résultat affiché par le dé action adéquat (du matin ou du soir).

Les ressources sont de trois types :

  • de la nourriture, pour nourrir son équipage lors des voyage en mer
  • des doublons d'or, pour s'acquitter des taxes portuaires
  • de la poudre à canon, pour accroitre sa capacité de combat

L'ile au trésor

La joueur rouge va-t-il s'emparer du trésor ?

Comme indiqué précédemment, quand un bateau termine son déplacement sur un repaire de pirates et qu'un jeton trésor y est encore présent, le joueur pioche au hasard une carte trésor qu'il pose à côté de ses cales et retire le jeton de la case. Premier arrivé, premier servi.

Un trésor peut procurer des pouvoirs. Dans ce cas, la carte est posée face visible, et le pouvoir est constamment activé. Il existe quatre de ces trésors :

  • la carte de Morgan, qui permet d'avoir une carte de plus en main
  • le sabre de Saran, qui permet de relancer un dé de combat
  • Lady Beth, un canon qui permet d'augmenter sa capacité de combat de deux points
  • une sixième cale, qui comme son nom l'indique, permet de bénéficier d'un emplacement supplémentaire dans ses cales

Les cartes trésor

Un trésor peut également être un coffre rempli de joyaux, qui rapporte des points de victoire en fin de partie (trois, cinq ou sept en fonction du trésor). La carte est alors posée face cachée.

Mais il est aussi possible de tomber sur un trésor maudit, qui fait perdre des points de victoire en fin de partie (deux, trois ou quatre points selon la carte) ! Là encore, la carte est posée face cachée.

À l'abordage !

Jamaica ne serait pas un jeu de pirates s'il ne permettait pas aux joueurs de s'affronter et de partir à l'abordage des bateaux adverses !

Les différents types de trésors

Quand un bateau finit son déplacement sur une case sur laquelle se trouve déjà un autre navire, un combat s'engage entre eux. L'attaquant, c'est-à-dire le joueur qui arrive sur la case, lance le dé d'attaque. Puis le défenseur fait de même. Avant chacun des lancés, l'attaquant et le défenseur ont la possibilité d'utiliser des jetons de poudre à canon. Pour chaque jeton dépensé, le résultat du dé est augmenté d'un point.

La bateau jaune parviendra-t-il à rattraper le noir ?

Comme tout pirate qui se respecte, le vainqueur du combat (celui qui a fait le plus grand score ; en cas d'égalité il ne se passe rien) peut choisir parmi les trois actions suivantes :

  • dérober le contenu d'une des cales de son rival
  • voler un des trésors de son adversaire
  • se débarrasser d'un trésor maudit en le refilant au vaincu

Mais attention, une des faces du dé représente une étoile : celui des deux protagonistes qui tombe sur ce résultat remporte immédiatement le combat, quel que soit le score de son adversaire, et quel que soit le nombre de jetons poudre à canon qu'il a dépensés !

L'or à la pelle

Les précieux doublons d'or !

Dès qu'un navire franchit la ligne d'arrivée, les autres joueurs terminent leur tour normalement, puis le décompte final est effectué.

La première source de points est fonction de la position du bateau sur le parcours. À cet effet, un trait rouge est indiqué dix cases avant l'arrivée. Les joueurs qui n'ont pas réussi à franchir cette marque ont un malus de cinq points. À l'inverse, ceux qui ont réussi à la dépasser marquent un nombre de points proportionnel à leur position : la case juste après la marque ne vaut que deux points alors que terminer sur la ligne d'arrivée en rapporte quinze !

À ce capital s'ajoutent les doublons présents dans les cales de chaque joueur, avec un rendement d'un point de victoire par pièce d'or. Puis les points des éventuelles cartes trésors sont ajoutés et ceux des trésors maudits sont retranchés.

Le gagnant est le joueur ayant le plus de points de victoire.

Morgan de toi

Il n'est pas nécessaire de faire durer le suspens plus longtemps, Jamaica est une réussite à tous les niveaux !

Ce qui frappe au premier abord est la qualité exceptionnelle du matériel : les illustrations sont merveilleuses, les plateaux et les pions de très bonne facture, et les petits bateaux parfaitement sculptés (bien qu'un peu fragiles semblerait-il).

Un coffre au trésor !

En plus d'être beau, le matériel est aussi pratique : chaque chose a sa place sur le plateau de jeu (les dés action, le dé de combat, les trésors, etc.), tout se range parfaitement dans la boite, et les règles, sous forme de carte au trésor, sont parfaitement didactiques, même pour des néophytes (testé et approuvé). Le vice a même été poussé jusqu'à illustrer de doublons d'or le dos du livret de règles, faisant croire à un coffre aux trésors quand on ouvre la boite !

Mais un jeu a beau flatter la rétine, si ses mécanismes ne sont pas à la hauteur, il ne vaut pas la peine de s'y attarder. Rassurez-vous, à ce niveau aussi, Jamaica est une réussite ! Ce qui au départ n'aurait pu être qu'un simple substitut au Jeu de l'oie, s'avère, grâce à quelques subtilités, largement plus intéressant : le hasard des dés action quelque peu maitrisé par le capitaine grâce aux deux actions différentes (on sent ici la touche de Sébastien Pauchon, l'un des trois auteurs, qui avait déjà astucieusement géré le hasard des dés dans Yspahan), la gestion des cartes action en main, la prise de risque sur les cartes trésor (vais-je tomber sur un trésor maudit ?), la gestion des ressources (pour avancer il faut de l'or et de la nourriture), le décompte final faisant intervenir plusieurs éléments (vaut-il mieux terminer la course premier et rapidement, ou s'attarder en chemin pour amasser de l'or dans ses cales, au risque de se le faire voler après un combat ?), etc.

Notons encore un thème très bien choisi, qui met rapidement de l'ambiance autour de la table et permet aux joueurs de se prendre pour des pirates.

Bien entendu, ce n'est pas un gros jeu de stratégie, de gestion, ou que sais-je encore. Le hasard est, quoiqu'il arrive, largement présent (notamment lors des combats ou de la pioche d'un trésor) et influe grandement les parties, et les mécanismes sont finalement relativement basiques. De ce fait il pourrait ne pas plaire à une certaine catégorie de joueurs, friands de jeux un peu plus costauds.

Bref, Jamaica a toutes les qualités pour devenir un véritable succès : un matériel beau magnifique et bien conçu, des règles simples, un thème parfaitement rendu, une durée de jeu idéale pour un jeu familial, etc... il règne comme une odeur de bratwurst au pays du reggae[1] ;)

Alors croyez-moi, foi de pirate, ouvrez vite la boite, ou vous passerez à côté d'un grand jeu !

Le saviez-vous ?

Les visages des pirates, que l'on peut voir au dos des cartes action, semblent très réalistes, n'est-ce pas ? Et pour cause, ils ne sont pas (entièrement) issus de l'imagination de Mathieu Leyssenne, le talentueux illustrateur, mais ont été inspirés par les véritables cadres dirigeants d'Assura, le commanditaire du jeu !

Si le résultat est vraiment très réussi, et constitue un sympathique clin d'œil, j'imagine que certaines caricatures n'ont pas du trop plaire à leurs orignaux... non, n'insistez pas, la bienséance m'interdit de donner des noms ! ;)

Récapitulons

Les plus

  • l'ambiance autour de la table
  • que c'est beau !
  • un thème très présent
  • que c'est beau !
  • le matériel, somptueux à tous les niveaux
  • que c'est beau !
  • des règles très simples
  • que c'est beau !
  • le livret de règles très didactique
  • j'ai déjà dit que c'était beau ? :-D

Les moins

  • le livret de règles trop grand pour être pratique
  • il n'y a pas de vrais doublons dans la boite (il faut bien trouver quelque chose :) )

Caractéristiques

La boite du jeu Un jeu de Malcolm Braff, Bruno Cathala et Sébastien Pauchon
Illustré par Mathieu Leyssenne
Édité par GameWorks
Pour 2 à 6 joueurs à partir de 8 ans
Durée d'une partie : 30 à 60 minutes
Prix : 40-45 €

Merci à GameWorks de m'avoir fait parvenir gratuitement ce jeu !

Notes

[1] En d'autres termes, et si vous voulez mon avis, Jamaica a toutes ses chances pour remporter le Spiel des Jahres, le jeu de l'année en Allemagne, et accessoirement le prix le plus prestigieux que puisse se voir attribuer un jeu de société

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